« Il faut beaucoup aimer les hommes »

PRIX MEDICIS 2013

Elle écrit sec, court, vite, il y a dans cette écriture une urgence à dire, surprenante urgence pour raconter l’attente.
Marie Darrieussecq met en scène Solange (eh oui comme dans « Clèves »), une actrice française à Hollywood. Lors d’une soirée, elle tombe éperdument amoureuse d’un comédien noir. Ils sont ensemble mais ne parviennent pas à devenir un couple. La couleur est-elle un problème? Oui, non, peut-être? Solange hésite, elle découvre qu’elle est blanche. Le problème est aussi ailleurs. Solange est tournée vers son amoureux, qui parfois ne donne aucune nouvelle pendant des semaines puis réapparait, alors que l’homme est tourné vers son projet de film qui occupe son esprit bien plus que la jolie française. C’est une histoire d’amour en pointillé et souvent à sens unique. La femme attend, un regard, un texto, un rôle. La première partie du roman décrit très bien cette récurrente attente et cette relation qui se délite avant même d’avoir vraiment commencé. Cependant, on finit par attendre nous aussi que quelque chose se passe.
Alors, le personnage de Marie Darrieussecq embarque tout son petit monde hollywoodien au Congo pour tourner l’adaptation de « Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad. Ca devient drôle et chouette. L’équipe est accablée de chaleur, les starlettes font les starlettes même au fond de la jungle, les acteurs principaux vident leurs tripes entre deux scènes. Solange qui a enfin décroché l’un des rôles principaux, se prend l’Afrique en pleine gueule. Elle se demande vraiment pourquoi elle a suivi ce mec jusque là. Et d’ailleurs, pourquoi aime-t-elle ce si bel homme qui lui file entre les doigts à la moindre occasion?
Marguerite Duras a donc raison. Sa citation donne son titre au livre « Il faut beaucoup aimer les hommes » et se poursuit ainsi « …beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter. »

Je suis très partagée sur ce livre. Le style vif de Darrieussecq m’emporte à chaque fois, ça ne rate pas. Cette romance avec Los Angeles en toile de fond a aiguisé ma curiosité. Quand l’ennui pointe, l’écrivain arrive à rebondir vers d’autres horizons. Pourtant, je suis un peu restée sur ma faim et je crains qu' »Il faut beaucoup aimer les hommes » ne bascule dans les romans vite oubliés.

* « Il faut beaucoup aimer les hommes » de Marie Darrieussecq, P.O.L, 2013

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« La vie rêvée d’Ernesto G », surtout pas pour le titre !

Un coup d’oeil à la quatrième de couverture le confirme, il s’agit bien du « Che », Ernesto Guevara. Mon trophisme latino se réveille, l’envie de lire me démange. Le titre, c’est le domaine de Guenassia. J’avais eu envie de lire son premier roman, « Le club des incorrigibles optimistes », juste pour le titre. Le manque de temps m’en a empêché. Second roman, nouvelle occasion, je fonce.
La vie rêvée
Une fois le livre refermé, le titre sent l’appât marketing!! Le « Che » n’arrive que dans le dernier quart du roman qui raconte sa maladie dans un hôpital soviétique. Tout ce qui précède est bien plus intéressant. Le personnage principal du livre est un médecin juif tchèque, Joseph Kaplan.
A l’avènement du nazisme, un institut de recherche lui propose un poste perdu dans le désert algérien pour le protéger. Il doit étudier des moustitiques, servir de médecin aux nomades avec aucun équipement ni médicament. Cette cachette se transforme en retraite en enfer. Brûlé par le soleil, sans parler à personne, il vit en ascète. Une fois, la guerre terminée, il retourne à la civilisation, à Alger. Toujours médecin, le roman retrace ses amours, ses amitiés, ses engagements professionnels…De la bohème praguoise à la dolce vita algéroise, c’est une sympathique traversée de siècle de 1910 à 2010 mais qui manque de souffle, on ne saurait dire pourquoi. Un récit trop fourni, une période trop longue, trop d’aventures…que sais-je. On lit avec grand plaisir la première moitié du roman, la suite beaucoup moins et ce, malgré, l’entrée en scène du « Che ».

« La vie est brève et le désir sans fin »…et la déception grande!

Un si beau titre, si flamboyant, si plein de promesses est un choix dangereux. Je lis souvent des livres juste pour le titre, cette fois, mauvaise pioche! « La vie est brève et le désir sans fin » de Patrick Lapeyre (Editions POL) est décevant. L’histoire d’une jeune femme qui fait tourner la tête de deux hommes, un à Londres, l’autre à Paris…L’un marié, l’autre pas. L’un trader américain, l’autre traducteur français. Tous deux  » victimes » de cet amour pour une magnifique demoiselle qui ne veut pas choisir…Stylistiquement, le texte est bon. La langue est précise, vive. Mais, le début du roman est lent, lent…Difficile de rentrer dans l’histoire de ce traducteur français obsédé par cette beauté bien plus jeune que lui, qui lui file entre les doigts direction Londres ; et revient; et repart…J’ai persisté, je l’ai fini…Au fil des pages, on s’attache un peu à ces deux « Monsieur Bovary », ça change des jeunes filles en fleur éperdues d’amour pour un bel inconnu. Les jurées du Prix Femina l’ont -elles choisi pour cela?  Peut-être. Moi, je ne suis pas convaincue.

« La vie est brève et le désir sans fin », Patrick Lapeyre, Editions P.O.L, 2010.