Trois romans pour l’été

*Une découverte: « Le ravissement des innocents »

Un excellent premier roman d’une jeune écrivaine « afropolitaine » comme elle se qualifie elle-même, née à Londres d’une mère nigériane et d’un père ghanéen.Taiye Selasi Taiye Selasi raconte l’histoire d’une famille qui vit entre les Etats-unis et le Nigeria. Le livre s’ouvre sur la mort du père un matin dans son jardin. La scène est très très forte grâce au style, à la description cinématographique presque seconde par seconde de ce basculement.
Taiye Selasi, par de multiples flash-backs, revient sur le passé de cette famille fondée aux Etats-Unis par le père, médecin et immigré nigérian. Il s’est battu, longuement, vaillamment pour se faire une place dans un hôpital américain avant que tout ne s’effondre faisant voler en éclats cette famille aimante et soudée. Son décès ranime les blessures et conduit ses enfants, désormais adultes, à voyager dans le pays d’origine de leurs parents. L’écrivaine décrit avec une multitude de nuances ce retour au Nigeria et le questionnement sur les racines, avec beaucoup d’émotions. Les personnages des jumeaux sont fascinants. Roman fort et puissant!

-> Une interview de l’auteur dans Libé http://www.liberation.fr/livres/2014/10/22/je-voulais-que-tous-les-protagonistes-trouvent-une-maison-dans-l-amour_1127259

*Un pavé: « Le chardonneret »

Le chardonneretL’américaine Donna Tartt écrit des pavés longuement mitonnés, un tous les dix ans. J’avais repéré « Le maître des illusions » (1992) et surtout les critiques élogieuses pour « Le petit copain » en 2002. Je n’avais pris le temps de lire aucun des deux. Je ne pouvais pas passer à côté du « Chardonneret », auréolé du Pulitzer 2014 et paru au printemps de la même année en France (disponible en poche aujourd’hui).Je n’ai pas regretté.
Dès les premières pages, on est emporté par l’histoire de Théo, ce gamin qui, victime d’un attentat dans un musée, vole un tableau sur un coup de tête comme « guidé » par un vieux monsieur qui meurt dans ses bras. Ce tableau qui représente un chardonneret, un élégant petit oiseau, va gouverner le futur de l’adolescent et de l’adulte qu’il deviendra. Il cache son méfait et garde précieusement l’oeuvre qui symbolise aussi la mémoire de sa mère adorée, morte dans l’explosion. De New-York à Amsterdam, en passant par Las Vegas, d’une enfance solitaire à une adolescence sous drogues, on suit avec délection le parcours de Théo et sa lutte pour ne pas perdre pied devant les difficultés de la vie. Grâce à des truculents personnages que je n’ose qualifier de « secondaires, « Le Chardonneret » est une exploration de l’Amérique moderne. Maître ès suspens, Donna Tartt nous manipule dans tous les sens et on adore.

*Un conte: « La peau de l’ours »

Joy Sorman, pour moi, c’est « Boys, boys, boys » (comme la chanson de Sabrina pour les natifs des eighties 😉 ), son premier livre-manifeste que je considère désormais comme un incontournable de la littérature féministe contemporaine. A lire absolument.
Depuis, elle est venue au roman et délaisse l’exploration du genre pour celui du bestiaire. Après un bouquin sur la viande (« Comme une bête », pas lu), Joy Sorman s’attache à un ours.La peau de l'ours Le livre, magnifique et audacieux, commence comme un conte pour enfants. Il était une fois un ours qui vivait sa vie peinard dans la forêt. Un jour, dérangé par les hommes, il jette, par vengeance, son dévolu sur une jeune femme. De cet « amour » nait une créature mi-ours mi-homme. A cause de cette étrangeté, il ne trouvera jamais sa place ni parmi les hommes, ni parmi les animaux. Cet être mystérieux sera vendu et trimbalé de cirques en cirques, de cages en zoo. En racontant sa solitude, l’auteur parvient à nous émouvoir de manière inattendue et troublante. Le conte, d’une immense tristesse, se fait presque philosophique. Joy Sorman interroge notre part de bestialité, de sauvagerie. Qu’est ce qui distingue les hommes des animaux quand l’humain peut se réveler aussi violent que l’animal? Où est la liberté? Quel est son prix? Un surprenant bouquin à ranger dans la catégorie « ça n’a l’air de rien mais ça dit beaucoup ».

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Bons baisers de Téhéran

Delphine Minoui est grand reporter au Figaro. D’origine iranienne, elle est partie vivre et travailler à Téhéran en 1997. Au lendemain de la mort de son grand-père, ancien diplomate, qui n’a pas voulu quitter son pays après la révolution islamique sauf pour venir mourir à Paris, elle saute dans un avion direction Téhéran. Elle raconte, dans « Je vous écris de Téhéran », récit plus personnel que des carnets de reportage à proprement parlé, son quotidien dans ce pays – à moitié le sien- qui l’attire, la fascine et l’effraie.

Son récit commence comme une lettre à son grand-père que la journaliste aurait voulu connaitre mieux.« Celui qui s’attache à l’obscurité a peur de la vague. Le tourbillon de l’eau l’effraie. Et s’il veut partager notre voyage. Il doit s’aventurer bien au-delà du sable rassurant du rivage. » Je vous écris de TéhéranCe poème d’Hafez sert de déclencheur à son voyage, le poème d’une amie ponctuera son départ définitif d’Iran, dix ans plus tard. Entre les deux, Delphine Minoui explore toutes les facettes de son pays, ses ambiguïtés, ses paradoxes insaisissables au premier abord pour l’étrangère quand bien même elle aurait du sang perse.

On suit la journaliste qui jongle avec ses contacts et apprend à slalomer entre les menaces et les interrogatoires des services iraniens. On suit la jeune femme qui découvre la peur mais aussi la fureur de vivre et le courage des iraniennes de son âge risquant l’arrestation pour une mèche échappée du foulard ou une bière avalée. On suit la reporter emportée par le tourbillon des manifestations géantes de 1999 et 2009. Les pages sur la mobilisation des iraniens pour la liberté et le respect de leur vote en 2009 sont extrêmement émouvantes. On suit une parisienne qui découvre toute la beauté de l’Iran et de la langue persane : « Le persan, m’expliqua Sara, est un cache-cache permanent avec les sentiments. Il faut constamment lire entre les lignes pour en déceler le sens originel. Comme si cette langue, d’origine araméenne, était née pour résister. »

Comme Delphine Minoui trouve le juste milieu entre souvenirs professionnels et personnels, son livre est attachant et passionnant. Il vire parfois au thriller, on tourne les pages férocement pour savoir comment elle va se sortir des griffes des services secrets. « Je vous écris de Téhéran » m’a donné encore plus envie d’aller en Iran mais je crains qu’il ne me faille attendre encore quelques années.Pour patienter, je me mets en quête d’un recueil d’Hafez en français.

* « Je vous écris de Téhéran » de Delphine Minoui, éditions du Seuil, 2015.

A VOIR

* « Taxi Téhéran », le film de Jafar Panahi, tout juste sorti en France, pour prolonger la balade.

A LIRE AUSSI

*Le Figaro : les excellents articles que publie Delphine Minoui désormais basée au Caire.

*Nahal Tajadod,« Elle joue ». Un chouette roman inspiré par la vie de l’actriceellejoue Golshifteh Farahani  faisant écho aux déboires et désespoirs des artistes et de la jeunesse iranienne racontés par Delphine Minoui. Le papier de l’Express : http://www.lexpress.fr/culture/cinema/golshifteh-farahani-avec-elle-joue-nahal-tajajod-voulait-que-mes-paroles-rentrent-en-elle_1184616.html

*Chahdortt Djavann, « Bas les voiles » aux  éditions Autrement, ou ses autres livres. L’écrivaine franco-iranienne écrit des brûlots contre l’oppression des femmes dans les pays musulmans et contre les mollahs. Engagée, féministe, révoltée, bref important!

Pirzad*Zoya Pirzad, « Un jour avant pâques » et ces autres textes chez Zulma. Toutes les saveurs, les parfums et les lumières de l’Iran sous une plume délicate qui invite au voyage.

« Constellation », une étoile … filante ?

Dans la première sélection du Prix Renaudot

Les catastrophes aériennes ont rythmé l’actualité de l’été et donc le mien. Est-ce ce qui a poussé ma curiosité vers ce premier roman ? Peut-être.

« Constellation » raconte le crash du Paris-New York le 27 octobre 1949. Un « avion de stars » comme l’écrit Adrien Bosc car à cette époque, seuls les riches avaient le privilège du voyage aérien.Constellation Le « Lockheed constellation F-BAZN » disparaît juste avant d’atterrir aux Açores pour escale. Parmi les passagers, le boxeur Marcel Cerdan et son manager qui ont fait valoir leur « droit de priorité » à l’embarquement alors qu’ils n’avaient pas de réservation. Il y a aussi une violoniste de grand talent, Ginette Neveu et des entrepreneurs, des milliardaires, une poignée de véritables anonymes des deux côtés de l’Atlantique.

Le roman entremêle le récit de l’accident et des recherches avec le portrait des victimes. Appliqué, minutieux, entêté, Adrien Bosc a pisté les 37 passagers (plus onze membres d’équipage) un à un pour parvenir à leur rendre une identité et raconter les hasards qui les ont conduit à se trouver à bord du même vol et « frères » de destin.  Fiction et réalité se mélangent.

 Les premières pages se lisent vite…sans laisser grande trace. Puis, cette petite musique de la fin des années 40 fait son chemin, instille la curiosité. J’ai beaucoup pensé aux « Ballets roses » de Benoit Duteurtre (voir ma chronique ici) Comme lui, Adrien Bosc a un talent certain pour ressusciter le climat d’une époque. Il s’agit d’un temps où les boites noires n’existaient pas, où les analyses ADN n’étaient pas encore découvertes, où le bateau était le moyen de transport le plus usité pour rejoindre New York.

On se laisse emporter sur les traces des passagers, on apprend qu’un homme d’affaires américain a joué son va-tout en proposant à Walt Disney de vendre des produits dérivés ; que cet homme devenu riche se trouvait dans le « Constellation », que Cerdan était parti plus tôt que prévu pour retrouver Edith Piaf de l’autre côté de l’Atlantique avant de défendre son tire de champion du monde, que…tout et rien, plus rien.

 L’auteur s’est plongé dans les archives. « De unes en entrefilet, d’informations sous le trait en titrailles tapageuses, de publicité en vignettes, cahiers, éditions spéciales, un ensemble de papiers collés d’où s’extrait, aux cris des vendeurs de rue et des rotatives, le cadavre exquis de l’invariable marche du monde. » Car, si la technologie progresse, la détresse, l’incompréhension, le sentiment d’injustice face à l’horrible hasard traversent, eux, les décennies.

Lorsque sur l’île de Sao Miguel, les experts arrivent près de la carcasse de l’avion, « du désordre s’extirpe une beauté troublante ». Me reviennent en mémoire ces images de la découverte du lieu du crash du vol AH 5017 d’Air Algérie au milieu du désert malien, le 24 juillet dernier. Il y a à peine quelques débris noirs sur le sable ocre. Tout est redevenu poussière. Les parents des victimes ont voulu venir voir mais il n’y a rien à voir (le reportage de France Télévisions).

Dans « Constellation », « les secours font l’amer constat que les silhouettes aperçues plut tôt déambulant autour des débris n’étaient que les pillards du village. » Flash de ce journaliste de Skynews qui, en direct, fouille dans les valises éventrées sur le lieu de la chute du vol MH 17 abattu dans le ciel ukrainien le 17 juillet 2014 (cf l’article de L’Express).

Ce roman, récit d’une quête, questionne «  Le génie des coïncidences » (pour reprendre le titre d’un livre de John W.Ironmonger paru récemment chez Stock), les rencontres impromptues, les hasards minuscules, l’ironie du sort qui fait survivre un résistant ou une accidentée de voiture pour les laisser périr dans un crash aérien quelque temps après. Ce texte est fait de digressions érudites (parfois trop pour moi !), l’auteur y confesse et assume son esprit d’escalier mais il retombe toujours sur ses pieds. C’est un drôle de bouquin au charme certain, un premier roman de bonne tenue.

Restera-t-il une étoile, comme une vive petite lumière quelque part dans ma mémoire des livres lus…ou une étoile filante, un livre lu rapidement, apprécié mais vite oublié…réponse dans quelques années.

*Constellation d’Adrien Bosc aux éditions Stock, août 2014.

Au planning de ma rentrée littéraire…

Un premier roman : Constellation d’Adrien Bosc, Stock
Une grande écrivaine à découvrir : Un monde flamboyant de Siri Hustvedt, Actes Sud
Un auteur « addictif »: Viva de Patrick Deville, Seuil
Le nouveau titre d’un écrivain génial : Hérétiques de Leonardo Padura, Métaillé
Une inconnue…de moi : A l’origine notre père obscur de Kaoutar Harchi, Actes Sud

…Liste non exhaustive qui risque d’évoluer beaucoup dans les prochains jours au gré des critiques et des virées en librairies.

Dites-moi où vous partez en vacances, je vous dirai quoi mettre dans la valise

chapeau livreComme il m’avait beaucoup amusé, je reprends mon petit « jeu » de l’année dernière : établir une ordonnance-lecture pour vos vacances.
Je suis un peu à la bourre mais si vous ne partez pas dès l’école finie, il est encore temps.
Dites-moi où vous vous échappez cet été, je vous suggérerai des titres à glisser dans vos bagages.

ITALIE

« D’acier » de Silvia Avallone
J’ai déjà dit, sur ce blog, beaucoup de bien de ce roman, l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de lire sur l’adolescence féminine et l’amitié par une jeune auteure italienne : https://litteraturefranche.wordpress.com/2012/10/09/italia-uno-dacier-denfer/
@Anne: je te parie un « café Jacquemart » que tu vas adorer.

« Montedidio » d’Erri de Luca
Montedidio On ne présente plus Erri de Luca, grand écrivain italien, faiseur de best-sellers. J’aime ce court roman vite lu qui raconte le quotidien d’un gamin dans les rues de Naples juste après la seconde guerre mondiale. Un récit faussement simple et efficace sur les talons de ce garçon de treize ans qui découvre la vie à « Montedidio », un quartier populaire de Napoli.

« Chaos calme » de Sandro Veronesi
Un auteur contemporain italien qui compte désormais. chaos calme Ce roman, très bien écrit, a cartonné malgré son immense tristesse. Un homme perd sa femme. Ebeté, incapable d’affronter le quotidien, il passe ses journées dans sa voiture garée devant l’école de sa fille. C’est original, dur, parfois drôle, souvent émouvant. Même s’il y a quelques longueurs, je le conseille. Prix Femina étranger 2008 et « adapté au ciné ».

« Le soleil des Scorta » de Laurent Gaudé
111L1aurent-Gaude-Le-Soleil-des-ScortaL’auteur n’est pas italien mais français si tant est qu’il faille encore le présenter. Laurent Gaudé est l’un de mes écrivains contemporains préférés, j’aime ce souffle épique qui parcourt ses romans quel que soient les lieux où il les situe. Il a décroché le Goncourt en 2004 avec « Le soleil des Scorta » cette passionnante histoire qui a pour cadre l’Italie du Sud. La lignée « Scorta est née par le malheur: un viol. Toute la famille vit et meurt pauvrement dans les Pouilles. Gaudé raconte les destins des membres de ce clan maudit de 1870 à aujourd’hui. C’est excellent!

Bientôt le Rwanda

Voici une petite sélection que je prévois de lire avant le voyage au Rwanda. C’est un mélange de récits et de romans francophones, sur ce pays ou sur l’Afrique plus généralement. Je n’ai pas encore tout lu, ma liste se rallonge de jour en jour mais je vous reparlerai des bouquins suivants.

toreadlist

« Dans le nu de la vie » et « Une saison de machettes » de Jean Hatzfel

« Murambi, le livre des ossements » de Boubacar Boris Diop

« Congo » de David Van Reybrouck

« La saison de l’ombre » de Leonora Miano

« Equatoria » de Patrick Deville

Dites-moi où vous partez en vacances, je vous dirai quoi lire !

L’été semble pointer le bout de son nez. S’installer en terrasse, sur la plage ou sous un arbre avec un bouquin devient à nouveau envisageable.
Et c’est bientôt les vacances! Pour vous aider à choisir les livres à glisser dans votre valise, je vous propose donc un petit « jeu » -entre guillemets car il n’y a rien à gagner : Dites-moi où vous partez en vacances, je vous dirai quoi lire !

téléchargement Que vous partiez en France, à l’étranger, à la mer ou à la montagne, au club Med ou en routard, je vous préparerai l’ordonnance de votre été. J’essayerai bien sûr de répondre à tous, dans les limites de ma culture littéraire, jamais aussi étendue que je ne le voudrais.
C’est parti!

ALPES

« La montagne est mon domaine » de Gaston Rébuffat
L’autre grand classique de la littérature de montagne avec les Frison-Roche. rebuffat Je préfère Gaston Rébuffat. Il raconte sa découverte de la montagne, sa passion dévorante pour l’alpinisme et ses déclinaisons. Avec son style, simple et brillant, ce pionnier reste pour moi celui qui a le mieux mis en mots les milles manières de vivre et de ressentir la montagne: l’effort, le dépassement de soi, le risque, la conquête, la liberté, la contemplation.

« La montagne intérieure » de Lionel Daudet
daudetDes décennies après Rebuffat, Lionel Daudet prend la plume. Alpiniste accompli, ce haut-alpin d’adoption a gagné en notoriété en 2011 avec son « Dodtour », un tour de France sur les lignes frontières des sommets au littoral. Dans « La montagne intérieure », il s’interroge sur ce qui le pousse à vouloir aller toujours plus haut, plus vite, à enchaîner les premières partout dans le monde. Ce n’est pas un récit de ces ascensions, plutôt une quête de sens, un moment de recul, une parenthèse arrachée à l’univers de la montagne qui le happe. Le grimpeur se fait philosophe sans prétention ni emphase mais l’écriture est subtile. Un vrai plaisir!

« Le boulevard périphérique » d’Henry Bauchau
A première vue, le boulevard périphérique est bien loin des Alpes. Henry Bauchau, immense écrivain belge, les réunit dans ce somptueux roman. Chaque jour presque, le narrateur emprunte le périf’ pour rendre visite à une amie en phase terminale.bauchau Au récit des derniers jours de cette femme avant la mort, le personnage entremêle ses souvenirs. Il raconte comment sa découverte de la montagne -grâce à Stéphane, un ami féru d’escalade tué pendant la Seconde Guerre mondiale- l’a enrichi, l’a fait se sentir vivant. C’est l’un des plus beaux et des plus tragiques livres de l’écrivain francophone. Inoubliable.

CONGO

@C qui connait la littérature africaine bien mieux que moi, je ne m’aventurerai pas à donner des conseils de lecture. Voici quand même une suggestion pour ceux qui s’intéressent à la région.

« Photo de groupe au bord du fleuve » d’Emmanuel Dongala

Très belle histoire de ces congolaises casseuses de cailloux qui se rebellent contre leurs terribles conditions de travail et contre les hommes qui les dirigent.9782330012991 Un engagement qui secoue et questionne leurs position de femmes, de mères, d’épouses. Le roman d’Emmanuel Dongala, écrivain congolais émigré aux Etats-Unis a quelques longueurs mais cette violente lutte des classes au bord du fleuve Congo est racontée avec passion et sans exotisme facile.

J’ai, sur ma to-read-list, le « Congo » du belge David Van Reybrouck, un pavé de 700 pages – prix Médicis essai 2012- auquel je compte m’attaquer tout bientôt.

PARTOUT AILLEURS pour les mères de familles

Une rubrique spéciale mères de famille qui m’ont demandé des bons pavés -car c’est le seul moment de l’année où elles ont vraiment le temps de lire- à dévorer sous un arbre, qui peuvent s’abandonner toutes les deux pages sans perdre le fil du récit -au cas où numéro 1 aurait râté une marche, numéro 2 aurait faim etc- et qui dépaysent -car à cinq les voyages au bout du monde deviennent compliqués.

« Peste et Choléra » de Patrick Deville
En lice pour le Goncourt 2012 et perdant face au « Sermon… » de Jérôme Ferrari, le livre de Patrick Deville se dévore. Ne vous laissez pas effrayer par son titre peu avenant, c’est génial. Deville figurait depuis longtemps dans ma to-read-list. Ces titres m’attiraient, les thèmes aussi. J’ai découvert une langue incroyable et rythmée, d’une simplicité littéraire et très évocatrice. Dans « Peste et Choléra », il raconte la vie d’Alexandre Yersin, médecin de l’institut pasteur et découvreur du bacille de la peste. Célèbre très vite, cet érudit délaisse tout aussi vite la médecine pour les voyages, la navigation, la botanique et l’astronomie etc. Le passionnant portrait de ce touche à tout par Deville nous entraine de Paris à l’Asie : comptoirs des indes, chine,
Petit « plus »: la brieveté des chapitres facilite la lecture

« Le chercheur d’or » de JMG Le Clézio

« Le chercheur d’or » fut l’un de mes premiers grands voyages littéraires, il demeure l’un de mes préférés. J’ai découvert Le Clézio avec « Etoile errante » (excellent roman quoique méonnu), j’ai succombé à jamais à ce grand et bel homme du roman français avec « Le chercheur d’or ». Comme tout se déroule à l’île Maurice et dans l’océan indien, le dépaysement est garanti mais l’écriture -somptueuse- est assez exigeante. C’est l’histoire d’Alexis et de sa soeur entrainés dans le rêve obsedant de leur père: retrouver un trésor à Rodrigues. Un bouquin pour ceux qui aiment la mer. Nul autre mieux que JMG ne sait décrire la puissance des éléments et l’attirance pour le grand large et l’Ailleurs. La lecture de Le Clézio devrait être obligatoire!

« Corps et âme » de Frank Conroy

Pas de pionnier, ni d’exploration au long cours, pas d’héritage trop lourd à porter, « Corps et âme » raconte le destin d’un enfant pauvre et solitaire qui trouve par hasard, un piano au fond du réduis qui fait office d’appartement. Sa vie sera entièrement guidée par la musique. Le roman démarre dans les bas-fonds du New York des années quarante et finit au Carnegie Hall. Si le livre de Conroy est le récit haletant d’une ascension éblouissante, il est aussi une histoire des métamorphoses de « Big Apple » durant le XXe siècle. Facile à lire, épais, prenant : le parfait bouquin de vacances.

Le « Livre de Poche » lance ses ebooks

« Le livre de poche » vient de lancer ses ebooks. 500 titres de la collection sont disponibles pour le moment sur le site : http://numerique.livredepoche.com

En fait, c’est très peu! Beaucoup de classiques (tout Zweig ou presque, Hugo, Steinbeck, Vian…), des polars (Follett…), quelques contemporains français et étrangers (pas les best-sellers!).

Je ne vois pas vraiment l’avantage car pour moi, ebooks et poche sont en concurrence directe en terme de prix et de « mobilité ». J’achète soit l’un, soit l’autre.
Les prix des ebooks du site du « Livre de poche » sont très variables selon les titres. Pour certains, l’éditeur a fait un effort pour baisser le tarif de la version numérique, pour d’autres, absolument pas.
Par exemple :
Le code Rebecca de Follett 6,49e et 6,27 e en « physique »
Le joueur d’échec de S Zweig: 1,49e, 2,85e en « physique » (prix fnac.com)
Ecrits sur le jazz de B. Vian: 7,99e, 7,70e en « physique »
Notre-dame de Paris de V. Hugo: 3,49e l’ebook contre 4 et 9e en poche « physique » selon les éditions.

Lire Hugo en ebook a quand l’avantage de la légereté. Notez aussi qu’une partie des classiques proposés en Ebook par le Livre de Poche sont disponibles gratuitement sur le net car ils sont tombés dans le domaine public.

La littérature de voyage, pour le pire

A « La grande librairie » sur France 5, jeudi soir, Sylvain Tesson a lu quelques lignes d’un récit de l’arrivée des norvégiens au Pôle Sud. Des phrases d’une platitude et d’une froideur toute australe rédigées par le marin Amundsen alors qu’il a accompli un exploit. Très drôles dans la bouche de Tesson qui se moquait joyeusement.

Je repense soudain à cette chère Ella Maillart, la suissesse journaliste-écrivain-photographe-voyageuse. Elle est un mythe, une icône qui figure en tête de mon panthéon féminin. Mais, hormis quelques courts textes ou extraits, je n’avais jamais vraiment lu un de ses livres en intégralité.

« Des monts célestes aux sables rouges » m’a accompagné lors de mon voyage en Ouzbékistan.Ouzbekistan bis 584 Emportée par la fougue du voyage, l’excitation de la découverte de cette Asie centrale si longtemps rêvée, j’ai dévoré le récit d’Ella Maillart. Il faut dire que c’est vite fait : les descriptions sont cliniques, les paysages taillés au cordeau, les phrases courtes servent un style d’une effrayante platitude. Ce n’est pas un relevé ethnographique mais ça y ressemble.

9782228894401 Nous sommes en 1932. Ella Maillart part seule à la découverte du Turkestan soviétique. L’aventurière voyage dans des conditions très précaires et par tous les moyens des Tien Shan, ces montagnes au coeur de l’Asie centrale jusqu’au désert de sables rouges de l’actuel Ouzbékistan. Elle fait la route avec les nomades.Un périple extraordinaire mais qu’est ce que c’est mal écrit. Tout est sans saveur et pourtant! Il y a un passage génial où l’exploratrice raconte qu’elle bricole pour se construire une paire de ski. Elle y parvient et grimpe seule à pied quelques 5000 mètres les skis sur le dos pour une descente d’anthologie au milieu des Tien Shan. Pour l’époque, l’épisode est fou – j’en frémis de jalousie- mais le récit n’a aucune puissance littéraire.ste 685 Avant d’ouvrir « Des monts célestes aux sables rouges », j’étais déjà convaincu de son intérêt cependant je l’ai gardé en mains uniquement car je voyageais dans la même région.

18 mois plus tard, en partance pour une destination hivernale et moins lointaine (Innsbruck), on m’offre « Le refuge des cîmes » d’Annemarie Schwarzenbach.9782228908528 Grande amie d’Ella Maillart, elle l’a accompagné dans plusieurs voyages. « Le refuge des cîmes » n’a rien à voir avec leurs promenades en Asie.
C’est l’histoire de jeunes gens biens nés et de parvenus qui essayent de vaincre leur ennui sur les pistes de ski d’une station proche d’Innsbruck. Ce petit monde végète de tristes soirées semi-mondaines en courses de ski.Autriche Solden Hiver 2013 057 L’écrivain recrée cette ambiance de sport d’hiver début de siècle qui m’a séduite un moment puis ennuyée. J’ai fini ce livre car l’auteur a vraiment du style.

Conclusion: Ella ne savait pas écrire mais vivait des aventures extraordinaires, Annemarie savait écrire mais rien à dire. Si seulement elles avaient raconté leurs voyages à quatre mains, cela aurait pu être génial!
Les mythes ayant la vie dure, il n’est pas impossible que je tente de lire un autre bouquin d’Ella Maillart. Ma curiosité étant toujours la plus forte, il n’est pas impossible que je lise « La mort en Perse » où Annemarie Schwarzenbach raconte son voyage en Syrie. Je vous raconterai.

* « Des monts Célestes aux sables Rouges » d’Ella Maillart, Petite Bibliothèque Payot, 2001

*« Le refuge des cîmes » d’Annemarie Schwarzenbach, Petite Bibliothèque Payot, 2013

Livre numérique : ma conversion

Avec quelques mois de recul, je peux vous parler de ma conversion -partielle- au livre numérique. On m’a offert un « Kobo », la liseuse de la Fnac pour Noel, l’outil disponible en France qui me paraissait le plus abouti. Un nouveau « jouet » dont les qualités sont indéniables.

Oui à la légèreté et à l’autonomie

Première surprise: la légèreté! Habituée à l’Ipad et à l’Iphone que j’ai toujours trouvé très lourds, le poids plume du « Kobo » (Kobo Glo de son nom entier) m’a bluffé! Je voyage beaucoup pour mon plaisir ou pour aller travailler, le « Kobo » a changé ma vie. Même s’il est un peu alourdi par une housse de protection rigide, il tient dans un sac à main. Comme il est fin, il tient moins de place qu’un poche. Ahhhh finis les dilemmes avant de partir en voyage! Je prends en numérique tous les livres dont j’ai envie sans redéfaire mon sac pour tout faire rentrer et sans le peser avant de rajouter ou enlever un poche.
La très grande autonomie de la batterie est immensément appréciable. Inutile de se traîner un cordon en week-end,le Kobo reste chargé longtemps parce que le noir et blanc, cela ne consomme pas tellement! Il faut avouer que ma seconde impression a été de revenir au Moyen-âge du numérique, époque minitel. Le design est beau mais pas de couleurs, plus d’images, pas de haute résolution, pas d’écran tactile performant comme sur les tablettes Apple ou autres. Ca fait un drôle d’effet!
Pourtant, c’est un mal pour un bien. L’écran mat, en noir et blanc est très confortable pour les yeux au contraire de la brillance excessive des tablettes. Ce côté austère rappelle l’encre sur papier et ne dépayse pas trop.

Le changement, c’est maintenant!

Je lis plus facilement en langue étrangère sur liseuse que sur papier grâce à un truc génial: le dictionnaire intégré! Vous appuyez (certes, l’écran n’est pas aussi sensible et réactif que sur les tablettes) sur le mot inconnu et hop, voici la traduction. Cela évite les longues « coupures » dans le rythme de lecture, il devient agréable de lire dans une langue que vous maîtrisez moyennement. Je lis en espagnol et surtout en anglais car l’offre anglo-saxonne est pléthorique au regard des publications francophones.
Je renoue avec les classiques dont beaucoup, tombés dans le domaine public, sont disponibles gratuitement.
Seule chose qui ne change pas : ma vitesse de lecture. Je crois même que je lis encore plus vite en numérique!

Ebooks trop chers!

Voilà le gros inconvénient du livre numérique en France aujourd’hui: le prix des ebooks, je suis effarée!
21 euros pour un Gallimard de la Blanche, 15 euros pour la version numérique par exemple. Grandes maisons, éditeurs en pointe, auteurs confidentiels ou grands publics…même combat et même réticence à baisser les prix. Si vous aimez la littérature contemporaine, si êtes à l’affût des dernières parutions, lire en numérique coûte cher et le prix ne décline pas aussi vite que celui de votre voiture neuve. Rapport qualité/prix, le livre de poche sort vainqueur!

Editeurs bâcleurs!

Les éditeurs français ont traîné les pieds avant de se convertir doucement au numérique, quitte à se faire aujourd’hui « croquer » par les distributeurs concurrents. Par peur de perdre leur marge, leur auteur, leur public.
J’entendais encore il y a quelques semaines sur France Culture un directeur de collection pousser les hauts cris en expliquant que les prix étaient ce qu’ils étaient car « les éditeurs ne sont pas des imprimeurs », qu’avant le livre numérique il y a un long travail d’édition et patati et patata. Et bien on se demande vraiment! La majorité ne semble n’avoir aucun respect pour le « lecteur numérique » : il y a des fautes, une mise en page souvent foireuse (une seule phrase qui se promène en bas de page), des mots en italique collés au mot suivant…Pire que des épreuves!
Je ne vous parle pas des petits éditeurs indépendants, je vous parle de grandes maisons qui devraient avoir les moyens de fournir des epubs (fichiers numériques) de qualité vu le prix auquel ils osent vendre leurs versions numériques.

Propriété privée, partage interdit!

Long très long soupir. Prêter mes livres est un de mes grands plaisirs de dévoreuse. J’aime fouiller dans ma bibliothèque pour dénicher la perle qui plaira à tel ou tel copain. Avec le numérique, cela n’a pas le même charme et c’est beaucoup plus compliqué. Même le partage de Kobo à Kobo n’est pas simple.
Les diffuseurs et fabricants de liseuses ont parfaitement réussi à verrouiller leur système, presque aussi bien qu’Apple et son Itunes. Chaque entreprise fournit un logiciel spécifique qui permet de charger son livre numérique via la plateforme d’achat de la marque ou du diffuseur. Il y a, sur les epubs, des DRM (protections) qui empêchent le partage des fichiers. Heureusement, des petits malins (merci!) ont inventé des logiciels pour faire sauter ces DRM. Il faut alors acheter ses livres via, par exemple, Calibre et non via le logiciel fournit avec la liseuse. Je n’ai pas encore exploré toutes les possibilités de Calibre, c’est en cours.

Vive les libraires!

J’avoue, depuis que j’ai un Kobo, je me culpabilise vis à vis de mon libraire. La porte s’ouvre, je rase les murs comme une femme infidèle, je baisse les yeux, de peur que la vendeuse me dise « ah tiens, on vous voit moins! »
Avant l’ebook, je m’avais déjà entamé un régime pour réduire ma consommation de livres et ce pour des raisons purement logistiques: mon appart déborde, je ne sais plus où entasser mes bouquins.
Mais, j’avoue, je n’ai pas pour autant déserté les librairies, je suis accro! Par principe aussi, j’estime qu’il faut les faire travailler sinon elles subiront le même sort que les disquaires. Ensuite, parce que rien ne remplace l’excitation face à des piles de livres, la curiosité qui pousse à lire le résumé, l’imagination à rêver devant la beauté d’une couverture, l’indiscrétion à regarder par en-dessous ce que feuillette le voisin.
La bibliothèque numérique ne sera jamais aussi sexy et tentante qu’une librairie.

En résumé, achetez un livre numérique si et seulement si:

-vous lisez beaucoup
-vous voyagez beaucoup
-vous aimez les classiques
-vous avez un budget « lecture » élevé
-vous êtes parisiens ou équivalent : vous n’avez pas de bibliothèque (la pièce, j’entends) et vivez dans un 50m2 dont il est impossible de pousser les murs déjà débordant de livres « papier ».
-vous maîtrisez bien le net : le logiciel « Kobo » ne sert presque à rien, il faut en télécharger d’autres.
-vous ne prêtez pas vos livres