« Profession du père » : le calvaire d’un fils

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Il y a les coups bien sûr. Les réveils en pleine nuit ou tôt le matin pour le gamin de 13 ans, « héros » du dernier livre de Sorj Chalandon: « -Enlève ta veste de pyjama. Je veux voir tes muscles. Il vérifiait la trace des coups. La ceinture avait laissé ses coups de langues sur ma peau. Il m’a tendu les haltères.-aujourd’hui, seulement 10 fois dans un sens et dans l’autre. »

Il y a surtout la solitude, immense, d’un enfant qui vit avec ses deux parents, presque deux étrangers, dans les années soixante.
Emile tente de faire son chemin en subissant les foudres de son père, égaré dans ses mensonges et sa mythomanie. Cet adulte ment, tout le temps.
A chaque rentrée scolaire, c’est le casse-tête assuré au moment de remplir les fiches de renseignement de l’école. « Profession du père »? Emile ne sait que répondre. Footballeur,parachutiste, pasteur,agent secret..il y en aurait tant. Pourtant, le père passe ses journées à la maison. Mais, il raconte ces histoires incroyables que se plait à croire son fils car elles égayent son quotidien. Il y croit dur comme fer puisqu’elles sont son unique rayon de soleil dans une vie morne et violente. Il en est sûr, son père le lui a promis, il lui offrira un vélo le jour de l’asassinat de De Gaulle. Emile devra l’aider dans cette mission pilotée par une organisation secrète.

Il y a la solitude de la mère, figure presque fantomatique, soumise au père et dont l’enfant ne peut guère attendre que la béquée. Ses gestes de tendresse ne sont qu’une ébauche. « Je me suis retourné. Maman avait pleuré. Pas grand-chose. Rien de trop, comme à son habitude. Une douleur sur la pointe des pieds. Elle a ouvert les bras, ce n’était pas son geste. J’ai hésité. Et puis, je me suis réfugié. »

Sorj Chalandon raconte cette enfance glaçante. Dans « Profession du père », l’écriture de l’ancien journaliste atteint des sommets d’épure et d’élégance. Il n’y a pas un mot de trop dans ce livre absolument bouleversant. « Dans ma poitrine, une foule inquiète se lamentait. Les nuits sans sommeil, je pensais à un cortège qui avançait à la lumière de torches. Une procession de damnés qui cherchaient à sortir de ma gorge en appelant à l’aide. Ce n’était pas un asthme d’effort, mais un asthme d’effroi. »

*« Profession du père » de Sorj Chalandon, Editions Grasset, 2015

*A lire aussi, son précédent roman, tout aussi excellent « Le quatrième mur »

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