Trois romans pour l’été

*Une découverte: « Le ravissement des innocents »

Un excellent premier roman d’une jeune écrivaine « afropolitaine » comme elle se qualifie elle-même, née à Londres d’une mère nigériane et d’un père ghanéen.Taiye Selasi Taiye Selasi raconte l’histoire d’une famille qui vit entre les Etats-unis et le Nigeria. Le livre s’ouvre sur la mort du père un matin dans son jardin. La scène est très très forte grâce au style, à la description cinématographique presque seconde par seconde de ce basculement.
Taiye Selasi, par de multiples flash-backs, revient sur le passé de cette famille fondée aux Etats-Unis par le père, médecin et immigré nigérian. Il s’est battu, longuement, vaillamment pour se faire une place dans un hôpital américain avant que tout ne s’effondre faisant voler en éclats cette famille aimante et soudée. Son décès ranime les blessures et conduit ses enfants, désormais adultes, à voyager dans le pays d’origine de leurs parents. L’écrivaine décrit avec une multitude de nuances ce retour au Nigeria et le questionnement sur les racines, avec beaucoup d’émotions. Les personnages des jumeaux sont fascinants. Roman fort et puissant!

-> Une interview de l’auteur dans Libé http://www.liberation.fr/livres/2014/10/22/je-voulais-que-tous-les-protagonistes-trouvent-une-maison-dans-l-amour_1127259

*Un pavé: « Le chardonneret »

Le chardonneretL’américaine Donna Tartt écrit des pavés longuement mitonnés, un tous les dix ans. J’avais repéré « Le maître des illusions » (1992) et surtout les critiques élogieuses pour « Le petit copain » en 2002. Je n’avais pris le temps de lire aucun des deux. Je ne pouvais pas passer à côté du « Chardonneret », auréolé du Pulitzer 2014 et paru au printemps de la même année en France (disponible en poche aujourd’hui).Je n’ai pas regretté.
Dès les premières pages, on est emporté par l’histoire de Théo, ce gamin qui, victime d’un attentat dans un musée, vole un tableau sur un coup de tête comme « guidé » par un vieux monsieur qui meurt dans ses bras. Ce tableau qui représente un chardonneret, un élégant petit oiseau, va gouverner le futur de l’adolescent et de l’adulte qu’il deviendra. Il cache son méfait et garde précieusement l’oeuvre qui symbolise aussi la mémoire de sa mère adorée, morte dans l’explosion. De New-York à Amsterdam, en passant par Las Vegas, d’une enfance solitaire à une adolescence sous drogues, on suit avec délection le parcours de Théo et sa lutte pour ne pas perdre pied devant les difficultés de la vie. Grâce à des truculents personnages que je n’ose qualifier de « secondaires, « Le Chardonneret » est une exploration de l’Amérique moderne. Maître ès suspens, Donna Tartt nous manipule dans tous les sens et on adore.

*Un conte: « La peau de l’ours »

Joy Sorman, pour moi, c’est « Boys, boys, boys » (comme la chanson de Sabrina pour les natifs des eighties 😉 ), son premier livre-manifeste que je considère désormais comme un incontournable de la littérature féministe contemporaine. A lire absolument.
Depuis, elle est venue au roman et délaisse l’exploration du genre pour celui du bestiaire. Après un bouquin sur la viande (« Comme une bête », pas lu), Joy Sorman s’attache à un ours.La peau de l'ours Le livre, magnifique et audacieux, commence comme un conte pour enfants. Il était une fois un ours qui vivait sa vie peinard dans la forêt. Un jour, dérangé par les hommes, il jette, par vengeance, son dévolu sur une jeune femme. De cet « amour » nait une créature mi-ours mi-homme. A cause de cette étrangeté, il ne trouvera jamais sa place ni parmi les hommes, ni parmi les animaux. Cet être mystérieux sera vendu et trimbalé de cirques en cirques, de cages en zoo. En racontant sa solitude, l’auteur parvient à nous émouvoir de manière inattendue et troublante. Le conte, d’une immense tristesse, se fait presque philosophique. Joy Sorman interroge notre part de bestialité, de sauvagerie. Qu’est ce qui distingue les hommes des animaux quand l’humain peut se réveler aussi violent que l’animal? Où est la liberté? Quel est son prix? Un surprenant bouquin à ranger dans la catégorie « ça n’a l’air de rien mais ça dit beaucoup ».

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2 commentaires sur « Trois romans pour l’été »

  1. Si l’été est passé, l’hiver est en marche et dans les livres qui me parlent, je vous propose :
    . Sukkwan island de David Vann
    . Julius Winsome de Gérard Donovan.

    J’ai beaucoup apprécié vos choix et j’aime casser le rythme des lectures par des choix divers.

  2. @impassedespasperdus. Merci pour votre commentaire.Je m’attèle à une liste pour l’hiver. Comme vous, je conseille aussi Julius Winsome de G .Donovan, parfait au coin du feu!

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