L’apartheid à hauteur d’enfant

La mort de Nelson Mandela a fait ressortir mes lacunes en matière de littérature sud-africaine. Hormis les célèbres Nadine Gordimer et André Brink (extraordinaire), je n’avais pas lu grand-chose. Quand on m’a proposé de me prêter « L’odeur des pommes » de Mark Berh, j’ai saisi l’occasion.odeur des pommes

Marnus, le narrateur, raconte sa jeunesse dans un quartier très chic du Cap. C’est une enfance afrikaner pour ce fils d’un général et d’une ancienne chanteuse lyrique. Une enfance dans un milieu bourgeois, religieux, sur-protégé et loin du monde des « coloureds ». Loin aussi de l’idée d’apartheid car la ségrégation est si intégrée par l’enfant que c’est presque comme si elle n’existait pas. Elle surgit au détour de différents épisodes de la vie de ce gamin de 10 ans. En 1973, son quotidien est presque semblable à celui de tous les enfants de son âge : école et bulletins de notes, parties de pêche avec Frikkie son meilleur copain, engueulade par son père très strict, prise de bec avec sa soeur ado.

La description est assez neutre, cela en est parfois déstabilisant. L’auteur n’est pas dans la revendication. Il préfère montrer comment le racisme filtre dans les moindres recoins de la vie de cette famille, dans leurs comportements insignifiants de prime abord. Petit à petit, Marnus et surtout sa soeur qui entre dans l’adolescence rebelle, touchent du doigt l’injustice faite aux noirs.
Un jour, le fils de Doreen, la domestique noire de la famille, est brûlé vif par trois blancs dans une gare. Il a dix ans.
Marnus demande « c’était vraiment des blancs, Maman?
(…)- oui, mon fils. Mais ce n’est pas ce qui va faire guérir Little-Neuville…et ce n’était sans doute pas bien de sa part de voler du charbon.
(…) le narrateur : Même si Little-Neuville a volé du charbon, je ne pense pas que ce soit bien que quelqu’un veuille le faire frire sur un moteur de locomotive. Que Little-Neuville soit coloured ou pas, on ne devrait pas faire des choses pareilles, surtout à un enfant. »

Outre la ségrégation, il y a aussi un fort racisme de classe de la part des parents envers les afrikaners pauvres.
-« Mais, maman, pourquoi les blancs ont fait ça?
– Mon cher enfant, dit-elle et sa voix parait lasse, si je le savais, je te le dirais. Mais, tous les blancs ne sont pas des Chrétiens. Souviens-toi, il y a aussi des blancs des classes inférieures. Les gens des chemins de fer ne sont pas du tout éduqués en général. »

Au fil du récit, Marnus découvre, notamment après l’arrivée d’un étrange visiteur, un général chilien, le vrai visage de la société sud-africaine et celui de sa famille. Comment au nom de la défense du pays, de la supériorité blanche, de la toute-puissance de Dieu ou du père, ses parents justifient toutes les injustices et les dérives.
« L’odeur des pommes » n’est pas un chef d’oeuvre, la narration est parfois décousue mais ce regard d’enfant sur l’apartheid n’est pas dénué d’intérêt.

* »L’odeur des pommes  » de Mark Behr, 2010 (traduction), en poche chez « J’ai lu »

* »Au plus noir de la nuit » d’André Brink. D’un tout autre niveau littéraire, l’un des grands romans anti-apartheid, à lire ABSOLUMENT

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s