« Au revoir là haut » : un Goncourt à offrir

A la veille de Noel, vous soupirez encore de dépit. Il vous manque plein de cadeaux, votre inspiration est en berne. Les livres devraient une fois encore vous sauvez la mise. Un livre, oui mais lequel? Vous allez rentrer dans une librairie, indépendante ou géante, le bandeau rouge vif du Goncourt va vous sauter aux yeux. Dans un second soupir, d’indécision celui-là, vous vous demanderez comment est le Goncourt 2013 et à qui l’offrir. Cette année, la réponse est claire. Le Goncourt « Au revoir là haut » est excellent et pour tout le monde. Voici pourquoi.

Ceci n’est pas un énième récit de la vie dans les tranchées

Centenaire oblige, le déferlement de livres d’histoire ou de romans sur la « Grande guerre » était à prévoir.aurevoirlahaut Un siècle plus tard, beaucoup ont oublié les écrivains contemporains du conflit. Ceux qui s’en rappellent ne voient pas vraiment ce qu’on peut raconter d’autre qui arriverait à la cheville des ces témoignages: http://www.20minutes.fr/societe/1245559-20131104-guerre-14-source-dinspiration-depuis-siecle
Pourtant, Pierre Lemaître s’en sort très bien. Son roman commence bien sûr sous le feu allemand, dans les derniers moments de la guerre. Le souvenir des mutineries de 1917 est encore vivace, l’armistice est attendu d’un jour à l’autre, la perspective de s’en sortir sain et sauf taraude les soldats dont Albert Maillard, le personnage principal du roman. Au dernier assaut, Albert s’effondre, il se voit mourir enseveli sur le champ de bataille. A deux jours de la paix, c’est bête. Mais, il n’est pas victime d’une balle « boche » et il ne mourra pas ici grâce à Edouard qui va l’aider. Si les premières pages consacrées au front sont brillantes, le roman quitte vite les tranchées pour raconter le retour à la vie civile d’Albert et Edouard. C’est passionnant. On découvre l’inorganisation des hôpitaux de l’arrière, le bazar du rapatriement des troupes, le regard méfiant des civils à qui la vision des gueules cassées rappelle trop une guerre qu’ils veulent s’empresser d’oublier. Cependant, »Au revoir là haut » raconte surtout le business de l’après-guerre.

Ceci n’est pas triste

Ce livre génial est d’un cynisme sans limite. J’ai rarement autant ri en lisant un roman sur un sujet tragique. A coup de phrases bien ciselées et de méchanceté bien placée, Pierre Lemaître décrit les travers de la société française de l’après-guerre. lemaitre Albert et Edouard, ces deux personnages principaux devenus inséparables par la force des choses, vont monter une escroquerie au monument aux morts. Leur ancien lieutenant, une crevure il n’y pas d’autre mot, compte faire fortune en vendant des cercueils à l’Etat après avoir épousé une fille de bonne famille. Tous trois sont liés par un mensonge plus gros qu’eux…chacun pouvant, si besoin faire chanter l’autre. Le pinceau de Lemaître n’est pas toujours fin mais il parvient à construire des personnages denses, colorés et originaux. Son Albert, pauvre petit comptable à la vie et à l’esprit étriqué, était déjà à coté de ses pompes avant le conflit, alors après c’est pire. Il a du mal à reprendre pied, n’a plus de fiancé, enchaîne les petits boulots, doit s’improviser voleur. On se délecte des difficultés de ce looser tout sauf magnifique. Toutes les tuiles imaginables lui tombent dessus, tant et si bien qu’il en revient à regretter sa tranchée.

Ceci n’est pas un pavé pour rien

« Au revoir là-haut » est un pavé de 576 pages qui mérite bien qu’on lui consacre quelques longues soirées. L’écriture de Pierre Lemaître est belle, fluide et facile à lire. Encore inconnu du grand public il y a quelques mois, l’écrivain bénéficiait pourtant une renommée établie chez les amateurs de polars. Comme je n’en suis pas, je l’ai découvert avec le Goncourt. On sent l’auteur expérimenté, attentif à ne pas perdre, ni lasser son lecteur en ménageant un suspens de tous les instants. Il y a tant de rebondissements qu’il m’est difficile de vous faire le résumé du livre, de peur de vous gâcher les innombrables surprises. Une fois dedans, on ne le lâche plus. Ma seule critique concerne la dernière partie du roman. Après quelques longueurs, le récit accélère soudain comme si Lemaître prenait conscience qu’il s’étalait ou comme si l’éditeur face au cap des 500 pages lui avait demandé d’abréger. Ce rythme final tranche trop avec le reste du livre ce qui a gâché le plaisir du dénouement.

N’empêche, avec ce Goncourt, je glisse Pierre Lemaître dans ma liste, ô combien restreinte et précieuse, d’écrivain capable d’écrire un roman populaire de qualité.

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