La littérature de voyage, pour le pire

A « La grande librairie » sur France 5, jeudi soir, Sylvain Tesson a lu quelques lignes d’un récit de l’arrivée des norvégiens au Pôle Sud. Des phrases d’une platitude et d’une froideur toute australe rédigées par le marin Amundsen alors qu’il a accompli un exploit. Très drôles dans la bouche de Tesson qui se moquait joyeusement.

Je repense soudain à cette chère Ella Maillart, la suissesse journaliste-écrivain-photographe-voyageuse. Elle est un mythe, une icône qui figure en tête de mon panthéon féminin. Mais, hormis quelques courts textes ou extraits, je n’avais jamais vraiment lu un de ses livres en intégralité.

« Des monts célestes aux sables rouges » m’a accompagné lors de mon voyage en Ouzbékistan.Ouzbekistan bis 584 Emportée par la fougue du voyage, l’excitation de la découverte de cette Asie centrale si longtemps rêvée, j’ai dévoré le récit d’Ella Maillart. Il faut dire que c’est vite fait : les descriptions sont cliniques, les paysages taillés au cordeau, les phrases courtes servent un style d’une effrayante platitude. Ce n’est pas un relevé ethnographique mais ça y ressemble.

9782228894401 Nous sommes en 1932. Ella Maillart part seule à la découverte du Turkestan soviétique. L’aventurière voyage dans des conditions très précaires et par tous les moyens des Tien Shan, ces montagnes au coeur de l’Asie centrale jusqu’au désert de sables rouges de l’actuel Ouzbékistan. Elle fait la route avec les nomades.Un périple extraordinaire mais qu’est ce que c’est mal écrit. Tout est sans saveur et pourtant! Il y a un passage génial où l’exploratrice raconte qu’elle bricole pour se construire une paire de ski. Elle y parvient et grimpe seule à pied quelques 5000 mètres les skis sur le dos pour une descente d’anthologie au milieu des Tien Shan. Pour l’époque, l’épisode est fou – j’en frémis de jalousie- mais le récit n’a aucune puissance littéraire.ste 685 Avant d’ouvrir « Des monts célestes aux sables rouges », j’étais déjà convaincu de son intérêt cependant je l’ai gardé en mains uniquement car je voyageais dans la même région.

18 mois plus tard, en partance pour une destination hivernale et moins lointaine (Innsbruck), on m’offre « Le refuge des cîmes » d’Annemarie Schwarzenbach.9782228908528 Grande amie d’Ella Maillart, elle l’a accompagné dans plusieurs voyages. « Le refuge des cîmes » n’a rien à voir avec leurs promenades en Asie.
C’est l’histoire de jeunes gens biens nés et de parvenus qui essayent de vaincre leur ennui sur les pistes de ski d’une station proche d’Innsbruck. Ce petit monde végète de tristes soirées semi-mondaines en courses de ski.Autriche Solden Hiver 2013 057 L’écrivain recrée cette ambiance de sport d’hiver début de siècle qui m’a séduite un moment puis ennuyée. J’ai fini ce livre car l’auteur a vraiment du style.

Conclusion: Ella ne savait pas écrire mais vivait des aventures extraordinaires, Annemarie savait écrire mais rien à dire. Si seulement elles avaient raconté leurs voyages à quatre mains, cela aurait pu être génial!
Les mythes ayant la vie dure, il n’est pas impossible que je tente de lire un autre bouquin d’Ella Maillart. Ma curiosité étant toujours la plus forte, il n’est pas impossible que je lise « La mort en Perse » où Annemarie Schwarzenbach raconte son voyage en Syrie. Je vous raconterai.

* « Des monts Célestes aux sables Rouges » d’Ella Maillart, Petite Bibliothèque Payot, 2001

*« Le refuge des cîmes » d’Annemarie Schwarzenbach, Petite Bibliothèque Payot, 2013

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s