« Dix rêves de pierre » ne convainc pas

J’aurais adoré aimer ce livre.
Blandine Le Callet est une bonne écrivain dont j’ai lu presque tous les romans publiés pour l’essentiel sous « La Bleue » chez Stock.Dix reves
L’idée de départ me plait infiniemment : imaginer, à partir d’épitaphes réels glanés ça et là, la vie de ces morts. Je trouve ce point de départ très romanesque. Je suis même un peu jalouse, j’aurais adoré y avoir pensé la première.

Mais voilà, je dois me rendre à l’évidence. Si ce recueil n’est pas mauvais, il n’a rien de génial.
Blandine Le Callet livre dans l’ordre chronologique, dix nouvelles, très hétéroclites, de l’Antiquité à nos jours. Chacune raconte les heures ou les jours qui précèdent la mort du personnage à qui correspond l’épitaphe. Les histoires sont très variées, il y a de l’inceste, un coup de foudre, une femme trompée, des passions contrariées. Les morts sont violentes, lentes ou inéluctables.
Tout ça forme un ensemble fourre-tout sans cohérence, sans grande saveur. L’écriture vive de Blandine Le Callet n’y change rien, on s’ennuie tranquillement. Le Callet Et alors, que fait au milieu de ce recueil une nouvelle sur la Shoah par balles!! Dès les premières phrases, on comprend où l’on va et on se dit « ouh là, terrain glissant ». A un fait si fort, si chargé de symboles, si violent, Blandine Le Callet consacre la plus courte nouvelle du recueil. Alors qu’il creuse la fosse où il finira bientôt, un vieux juif savoure ces dernières minutes de vie au contact de la terre qui exhale des odeurs de vie végétale. Peut-être ai-je l’esprit étroit mais ce texte, trop bref, me dérange.

Pourtant, tout n’est pas à jeter dans « Dix rêves de pierre ».
Dans l’une des nouvelles, une vieille femme malade prépare sa succession. Des années durant, de peur de tout oublier, elle a scrupuleusement noté dans ses carnets tout ce qu’elle a fait, l’argent qu’elle a donné à qui et quand. Mère de six enfants alors qu’« elle n’en voulait pas tant« , cette bourgeoise souhaite, après sa mort un partage égal entre ses héritiers. Le notaire reçoit cette montagne de carnets, il est chargé d’en faire la synthèse et de compter combien chacun a touché du vivant de sa cliente et donc combien il touchera après pour que l’équité soit respectée entre tous les enfants. Drôle, cette nouvelle offre aussi de très belles pages sur la mémoire et sur le dévouement d’une femme à sa vie de famille au détriment de la sienne.

La dernière nouvelle de Blandine Le Callet qui raconte ses propres recherches concernant ses aieux est la plus émouvante. L’auteur termine son livre par cette balade vers le passé dans un cimetière breton. Elle écrit « A présent, elle se demande si retrouver leur tombe aurait changé quelque chose-qu’est ce qui peut, finalement consoler l’oubli? »
Encore une chose et j’en aurais fini avec ce billet bien long pour un livre qui ne me plait pas. La postface est intéressante car elle raconte la genèse du recueil et la démarche de l’écrivain. Cependant, ces dernières lignes ont encore accentué le goût amer de la déception face à un projet d’écriture plein de promesses.

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