Ma « Bleue »

La « Bleue », d’un bleu marine profond, est le nom de la collection de littérature crée chez Stock par Jean-Marc Roberts en 1999. L’éditeur pour lequel j’avais grand respect s’est éteint le 25 mars, vaincu par un cancer. Il figurait parmi les grands découvreurs de talent de l’édition française.
Je suis attachée à cette collection mais je ne saurais définir la ligne éditoriale de la « Bleue » qui compte 336 ouvrages. Ce sont des textes qui forment une petit musique de l’intime dans notre monde contemporain mais les styles sont sans point commun apparent. blog 2013Derrière ces choix, on ressent l’éclectisme du directeur de « La Bleue ». Jean-Marc Roberts disait d’ailleurs : « J’ai toujours aimé publier des gens très différents. Je n’ai pas une certaine idée de la littérature que je veux imposer aux gens. Je veux imposer des écrivains, qui ne sont pas tous les mêmes. Je n’aime pas les lignes trop droites, les familles où tous les enfants se ressemblent. Chaque enfant est différent. Chaque auteur est un cas particulier. Bien sûr cela finit par ressembler à une famille mais très recomposée pour la joie d’une série et de la maison qui les abritent. »

Voici donc en quelques livres, ma « Bleue », les titres de cette collection qui m’ont marqués:

« Toxique » de Françoise Sagan

Ce petit bijou de « La Bleue » est un court ouvrage où la grande Sagan raconte sa cure de désintoxication. Après un grave accident de voiture, l’écrivain a été soignée à la morphine mais elle est vite devenue accro. « Toxique » est son journal, publié longtemps après l’écriture. blog 2014
Ces très brefs textes sont illustrés de beaux dessins en noir et blanc de Bernard Buffet. Ce récit, qui figure parmi mes très rares livres de chevet, m’a beaucoup touché. blog 2015C’est, vif, percutant, poétique ; c’est la fureur de vivre version Sagan.
Pitié , ne l’achetez pas en poche, le format ne s’y prête pas!

« Les âmes grises » de Philippe Claudel

Même si les premiers livres de Philippe Claudel ont été publiés ailleurs, j’estime que c’est sous la « Bleue » que ce talentueux écrivain a été révélé au public français. Le prof lorrain est devenu l’un des grands auteurs contemporains et, consécration suprême, membre de l’académie Goncourt.claudel
Mon exemplaire des « âmes grises » m’est d’autant plus précieux qu’il m’a été dédicacé lors d’une foire du livre de Bron. Un moment sympa avec un écrivain simple, point encore trop assailli par la foule. J’ai adoré « Les âmes grises » et je n’ai pas été la seule. Ce roman sur la guerre et l’après-guerre de 14 a obtenu le Prix Renaudot 2003. Rien n’est noir ou blanc, tout est gris : le gris de la terre, du brouillard et du ciel des champs de bataille, de la tristesse, de la mort, du visage des cadavres. Mais, Claudel n’attaque pas les souvenirs de guerre de front. L’histoire démarre en 1917 par le meurtre d’une petite fille dans un village du nord. Le roman raconte l’enquête à la recherche du coupable. Là encore, rien n’est noir ou blanc, tous ces personnages sont gris. Cet excellent roman est devenu un classique de la littérature contemporaine française.

Et aussi sous la « Bleue », Philippe Claudel, « Le rapport de Brodeck », Prix Goncourt des lycéens en 2007. Très bon mais je préfère « Les âmes grises ».

« Cendrillon » d’Eric Reinhardt

Quelques longueurs dans ce pavé mais un vrai brio et une incroyable énergie dans la description de la folle vie d’un trader.
ReinhardtPeut-être serez-vous désarçonnés par ses longues phrases, la densité du récit et son style oppressant -comme si l’auteur était dépassé par ce qu’il veut raconter, que ses phrases dégoulinaient sur la page avant qu’il n’ait pu les parfaire- mais persistez, Eric Reinhardt est un écrivain à découvrir.

« J’ai nom sans bruit » d’Isabelle Jarry

Qui eut pu résister à ce si beau titre? Sûrement pas moi. jarry
Ce roman raconte la descente aux enfers d’une femme qui se retrouve à la rue. Un excellent livre sur la pauvreté et le délitement du lien social.

Je crois avoir lu bien d’autres titres de La Bleue mais j’ai oublié les moins bons. Ah je me souviens pourtant de celui-ci qui m’était tombé des mains : « Supplément au roman national » de Jean-Éric Boulin (2007).
Enfin, inutile de vous préciser que je n’ai pas lu et que je ne lirai pas l’ultime livre de « La Bleue » époque Roberts « Belle et bête » de Marcela Iacub. Je m’en vais, en revanche, de ce pas commencer « Dix rêves de pierre », le dernier recueil de nouvelles de Blandine Le Callet dont j’ai souvent parlée sur ce blog.

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