Des idées cadeaux pour Noël

– A un mateux qui déteste lire ou à un littéraire qui hait les maths :
« La déesse des petites victoires » de Yannick Graennec

Rien que pour le titre et la critique, dithyrambique à propos de ce premier roman.
Force est de reconnaître qu’un livre sur un mathématicien, c’est rare d’où peut-être l’engouement des journalistes et donc la mien.
C’est l’histoire de Kurt Godel, un éminent scientifique autrichien qui deviendra l’ami intime d’Albert Einstein. Le récit avance par le prisme de sa femme. Désormais vieille et acariâtre, « la déesse des petites victoires » est en maison de retraite. Cette dame qui a toute sa tête détient un « trésor » : les archives de son mathématicien de mari dont elle refuse de se séparer et qu’elle menace de brûler. deesse
En une ultime tentative de la convaincre, l’université envoie une étudiante complexé pour l’amadouer. Peine perdue, la revêche ne se laisse pas faire. Elle développe des trésors de méchanceté pour décourager la jeune femme. La romancière va au bout de ce terrible personnage : ces crises de colère sont ignobles, les dialogues excellents et méchamment drôles.
La romancière entrecroise les visites à la maison de retraite avec la vie de Mme Godel. Un jour lointain, cette vieille femme a été une épouse dévouée corps et âme à son mari. Ils se rencontrent dans un cabaret de Vienne. Elle est danseuse, il est étudiant issu d’une grande famille de la bourgeoisie viennoise.Elle tombe immédiatement amoureuse de cet homme si éloigné de son monde. Ses lubies d’intellectuel, ses tendances dépressives et anorexiques, ses accès de paranoia et de colère, rien n’usera son dévouement.
C’est un texte sur l’oubli de soi, la dévotion à autrui même quand il verse dans la folie.
Même si son manque d’éducation ne lui a jamais permis de comprendre quoi que ce soit aux recherches de son mari, Mme Godel en percevait l’importance.
En filigrane, Yannick Graennec déroule le fil du début du 20e siècle et de tous ces intellectuels juifs ou pas qui ont fuit l’Europe nazie. Ce roman est passionnant de bout en bout.

– A un sale gosse :
« Plus léger que l’air » de Federico Jeanmaire

Dans le registre « vieille bique », je vous recommande aussi ce roman argentin. Voici une petite perle originale et vite lue dont l’éditrice Joelle Losfeld a le secret.
Plus legerUne mamie de 93 ans met la main sur un adolescent entré chez elle pour lui dérober ses affaires.
Pour le punir et le faire réfléchir, elle l’enferme dans sa salle de bains.
Trop contente de trouver là une oreille captive pour écouter ses souvenirs et le récit de sa solitude, elle alterne longs monologues et petites attentions envers son jeune prisonnier.
S’il est vraiment désagréable, il a droit à une leçon de morale.
S’il fait du bruit, il est privé d’escalope.
Le coeur de la vieille dame oscille entre sadisme et attendrissement.
Le récit est vif, les « dialogues » bien ciselés.Le suspense monte petit à petit, le dénouement est intéressant mais pas si inattendu et brillant que les critiques voulaient bien l’écrire.

– A un ou une grande voyageuse:
« Villes bigrement exotiques » de Crad Kilodney

Attention drôle d’OLNI -objet littéraire non identifié-: un récit imaginaire avec quelques moments qui sentent le « vécu ».
Crad Kilodney vous embarque pour le tour du monde des lieux les plus improbables où séjourner pour les vacances : pays en guerre, capitale de dictature, ville au trou du cul du monde, paradis de la prostitution. C’est le guide du routard version Groland. Villes
Ce bouquin inclassable raconte les merveilles de ces endroits charmants à la population barrée. La main est lourde, la finesse n’a guère de place dans ses pages parfois colonisées par une certaine vulgarité mais c’est si drôle.
Derrière ce livre déjanté, une critique grinçante du touriste qui veut aller « là où il n’y a pas de touriste », toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus paumé, à la recherche de l’authentique.

– A votre cousine, ardente défenseure des libertés individuelles :
« Lointain souvenir de la peau » de Russell Banks

Le dernier opus de Russell Banks fait froid dans le dos. L’immense auteur américain livre un fascinant bouquin sur l’exclusion et les dérives du contrôle judiciaire dématérialisé. « Lointain… » raconte le quotidien d’une bande d’exclus aux Etats-Unis. Ses hommes ont été condamnés pour des crimes sexuels. Dotés de bracelet électronique, ils ne doivent pas s’approcher à moins de 500 m des écoles ou des lieux fréquentés par des enfants.
LointainMalgré le gigantisme des villes américaines, il ne leur reste que peu d’endroit où vivre. Impossible de louer un appartement, il y a toujours un établissement scolaire à proximité. Ces hommes se retrouvent donc sous un pont, au bord du fleuve aux abords d’une bretelle d’autoroute. Banks raconte le quotidien de ces indésirables que leur crime condamne à une exclusion à jamais de la vie sociale et à l’éternelle errance.
Le plus jeune, condamné pour avoir tchaté avec une mineure sur un site porno, débarque dans ce marigot d’ex-taulards. Il essaye de survivre, de comprendre les règles de vie qui émergent de ce lieu si isolé si glauque. Le gamin raconte cette mini-société qui se recrée, avec ses hiérarchies, ses solidarités, ses amitiés et sa violence.
Un soir, l’inondation balaye le campement. Le plus jeune tente de saisir l’occasion pour quitter ce lieu misérable. Mais, toujours il se heurte à l’invisible frontière. Un professeur d’université s’intéresse à son cas et se met alors en tête de devenir son confident.
L’écrivain dresse le portrait de cette société américaine qui marche sur la tête : à trop vouloir protéger, prévenir les crimes, elle crée de l’exclusion. C’est un passionnant portrait des Etats-Unis où les plus pervers ne sont pas ceux que l’on croit.

http://www.lesinrocks.com/2012/03/24/livres/russel-banks-entretien-avec-le-meilleur-portraitiste-des-marginaux-americains-11702/

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