« En chute libre »: ceci n’est pas LE roman du badminton

Tout, ce roman avait tout pour me plaire.
Enfin, me dis-je, un récit sur le badminton. J’aime ce sport. J’y ai longtemps joué et toujours admiré sa gestuelle qui allie grâce et puissance.Bad
Je ne me lasse pas de regarder les joueurs s’affronter et ce volant filer dans l’air moite des gymnases. Il m’est toujours apparu qu’un match ressemblait à un duel chorégraphié à fort potentiel littéraire.

Tout m’échappe pourtant dans « En chute libre » du mauricien Carl de Souza.
Jérémy vit à Port-Benjamin, sur les îles Fernandez, territoire de Sa majesté au sein du Commonwealth. Entre une mère absorbée par ses oeuvres de charité et un père coureur et buveur, ses seuls moments précieux sont les parties de badminton disputées sur la plage. En chute libre
Du badminton à même le sable, loin des régles de l’art qui règnent à l’Albion Hall, le gymnase de l’île où s’affrontent les meilleurs joueurs. A mille lieues de l’orthodoxie toute british du jeu, Jérémy et sa tante Felicity s’éclatent. Et le cancre adolescent se passionne pour le volant.
Parfois, il quitte son quartier bourgeois pour s’aventurer à Camp Caroline, bidonville des natifs. Là, le badminton est encore moins codifié, encore plus violent que sur son court privé familial. Jérémy s’en prend plein la gueule, au propre comme au figuré. Il tangue, attiré par ce monde sombre qui n’est pas le sien, qui échappe au contrôle de son père, Samy, un ancien champion de badminton, symbole du fonctionnaire colonial. Jérémy avance dans l’ombre de ce père et de ce nom « Kumarsamy » synonyme de pouvoir sur ces îles du bout du monde. Sur fond de décolonisation, le jeune sportif se transforme en champion.

Puis, tout est avorté. Jérémy se sera jamais vraiment un grand champion, en tout cas Carl de Souza escamote tous les passages de vrai triomphe et de claire déchéance.Bad 2 Les descriptions des matchs sont décevantes. Je perçois mal les moments de tensions-victoire-défaite-blessure-ils me paraissent tronqués, coupés dans leur élan. J’ai la désagréable impression que l’histoire m’est « confisquée ».
Le roman est aussi truffé d’ellipses temporelles. Elles sont mal placées dans la narration, coupe le rythme du récit…C’est comme si le texte avait le hoquet, hop, un saut en avant, hop un autre, hop un plus long ; ce n’est plus du badminton, c’est du saut de haies!
C’est un style de narration original mais qui ne me convient pas du tout.

Je referme le bouquin, déçue. Ce n’est pas LE roman du badminton ou alors je suis passée complètement à côté de ce livre.
« En chute libre » me laisse la même sensation que « Le Rivages des Syrtes », celle de n’avoir rien compris, de n‘avoir pas saisi où l‘écrivain voulait en venir. Ou au contraire peut-être ai-je parfaitement saisi l’intention de l’auteur. Mais, ici, à l’inverse du « Rivage », l‘intention me déplaît.

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