« Un concours de circonstances » et du suspens

Pour le 10e anniversaire des attentats, le journal «La Croix» estimait qu’il n’y avait pas de «grand roman du 11 septembre». Je n’étais pas d’accord. Pour moi, il y a «Extrêmement fort, incroyablement près», le fabuleux livre de Jonathan Safran Foer, d’ailleurs adapté au cinéma cette année (pas vu).
Je viens d’en trouver un second : «Un concours de circonstances».

New York veut construire un mémorial du 11 septembre. Le processus suit son cours, le choix du projet suit les règles de l’art démocratique: des dossiers anonymes, un jury, des jurés, artistes, conseillers politiques, technocrates et bien sur, une représentante des familles des victimes des attentats.

Le livre s’ouvre à l’heure du vote. La bataille est vive entre partisans d’un projet «Cube» et ceux du «Jardin». C’est ce jardin qui est choisi. Mais, pour certains, il y a un «hic» : l’architecte s’appelle «Mohammad Khan». Et voilà, comment toutes les précautions d’anonymat, les détails du cahier des charges, la vérification que les candidats ont un casier judicaire vierge explosent à la figure des jurés.

La romancière, une ancienne journaliste du New York Times, décrit génialement la scène. On voit les visages se crisper d’étonnement ou d’indignation, la stupeur glace la salle. Le jury repousse l’annonce publique du vainqueur.

«Un concours de circonstances» raconte ensuite l’emballement populaire et médiatique dès lors que le bruit court que c’est un musulman qui a gagné.

Les familles des victimes hurlent. La gouverneure de l’Etat tate le terrain avant de surfer sur la vague d’indignation. Le président du jury, qui court après la gloriole, se demande dans quoi il a mis les pieds. Les journalistes cherchent à savoir qui est l’architecte. Les présentateurs de Fox News repartent en croisade contre l’islam. La Veuve, sacro-sainte représentante des victimes, fervente défenseure du «Jardin» ne sait plus où elle en est.

Au cœur de cette tornade, il y a surtout Mohammad, un architecte brillant qui piaffe d’impatience dans l’ombre de la star pour laquelle il travaille. Ce new-yorkais s’est senti anéanti par les attentats. Il a voulu participer à la mémoire en proposant son «Jardin» au concours. Au départ, c’était aussi simple que cela. Jusqu’alors, il ne se sentait pas musulman, il ne pratiquait pas. Brusquement, Muhammad devient le symbole de tout et de son contraire : celui de la «provocation» des musulmans et de l’intégration des immigrés, de la tolérance et de l’intolérance, de la capacité de l’Amérique à pardonner ou à hair, du talent et de la médiocrité, de la générosité et de l’égoisme.

Que va-t-il se passer? Qui a vendu la mèche aux journalistes? Le jury va-t-il finalement choisir le projet de Muhammad Khan? Annoncer officiellement sa victoire? Lui demander de se retirer pour calmer la foule?

En définitive, ce roman est construit comme un thriller. D’une histoire aux premiers abords peu passionnante, l’écrivain parvient un puissant suspens. J’ai été happé , j’ai lu la seconde moitié du livre d’une traite. Pour un premier roman, «Un concours de circonstances» est très maitrisé. J’inscris Amy Waldman dans ma liste «Second roman attendu avec impatience».

*Un concours de circonstances d’Amy Waldman, Editions de l’Olivier, 2012

*A lire aussi:
« Extrêmement fort, incroyablement près» de Jonathan Safran Foer, Editions de l’Olivier, 2006 et en poche chez Points.

*A voir:
Le film «Extrêmement fort, incroyablement près» de Stephen Daldry avec Tom Hanks est sorti durant l’hiver 2012 en France.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s