2011 : qu’est-ce qu’on garde?

En ce premier jour de février, 2011 paraît déjà loin, balayée par l’excitation d’une nouvelle année et la « rentrée de janvier». Pourtant, certains livres de l’an dernier méritent de ne pas sombrer trop vite dans l’oubli.
Voici une liste d’ouvrages 2011 auxquels il faudrait, « un peu, beaucoup, passionnément, à la folie » faire une place dans votre bibliothèque.

L’homme qui aimait les chiens de Leonardo Padura

Dans un parallèle d’une grande finesse, l’auteur cubain raconte la vie de Troski et de son assassin, Ramon Mercader. L’homme qui aimait les chiens est LE roman de l’engagement politique, de l’exil, ….et bien sûr des errements communistes. Le destin de ces hommes, qui sacrifient tout à la « cause » quelle qu’elle soit, est fascinant et effrayant.
Trotski et son assassin auront des trajectoires assez semblables. L’un avec, l’autre contre, ils sont confrontés à l’implacable machine stalinienne. Pourchassé, banni, conspué, Trotski ne renoncera jamais à faire entendre sa voix. Son assassin, lui, se préparera des années pour « son grand soir », ce jour de 1940 où son crime fera de lui un héros de l’Union Soviétique.
En 672 pages, toute l’histoire du XXe siècle communiste défile de la Russie à Cuba, en passant par le Mexique, l’Espagne, la Turquie et Paris.
C’est très, très fort. On connait la fin, mais cela n’enlève rien au suspens. On pense aux meilleurs livres de Vargas Llosa. Plus que jamais, Leonardo Padura maîtrise les zigzags à travers les époques. Depuis Adios Hemingway, j’appréciais le travail de cet écrivain cubain. Ce dernier roman virtuose est son « grand » livre.

Limonov d’Emmanuel Carrère

Autre temps, autre Russie. Quelle bonne idée monsieur Carrère de raconter la vie si romanesque d’Edouard Limonov! Comment personne n’y-a-t-il pensé avant?
Dans ce qui n’est ni un roman, ni tout à fait une biographie, l’écrivain et fils de LA spécialiste française de la Russie (Hélène Carrère d’Encausse) retrace les péripéties de son « homologue » russe de 1943 à 2009. Limonov fut tour à tour voyou, poète maudit, figure de l’underground russe, égérie des nuits parisiennes, mercenaire en Serbie, opposant à Poutine. En racontant son parcours -si tant est que l’on puisse appliquer ce mot trop conventionnel à un si original personnage – Carrère revisite 50 ans d’histoire de la Russie. C’est une bonne initiation à ce que sont, vu d’Occident, les contradictions russes contemporaines. Le livre est excellent du début à la fin. La vie de Limonov est passionnante, le portrait de la Russie post-stalinienne est passionnant; même les digressions nombrilistes mais érudites de Carrère sont les bienvenues.
Limonov est-il un salaud ou un looser magnifique? Arrivée à la fin du récit (et non pas de sa vie, il n’est pas mort), je n’ai toujours pas décidé, Emmanuel Carrère non plus. J’ai néanmoins la certitude que coucher sur le papier l’histoire de Limonov était une évidence, et que Carrère signe ainsi l’un de ses meilleurs livres.

*L’expo « URSS, fin de parti(e) » aux Invalides à Paris met dans l’ambiance du livre de Carrère.

Freedom de Jonathan Franzen

En France, aux Etats-Unis, tout le monde a crié au chef d’œuvre. Mouais! Le délitement d’une famille est au cœur de ce roman américain. Le couple part à la dérive, la mère vire à la «desperate housewife» , la fille est insignifiante, le fils ne s’intéresse qu’à l’argent, le père laisse libre court à ses convictions écologistes qui tournent à l’obsession. En crise de la quarantaine, les adultes sont restés des adolescents. Il est beaucoup question de remords, de renoncement et de malédiction familiale. Cette longue fresque résonne, elle a cette musique, ce « petit quelque chose » qui caractérise les grands écrivains. La psychologie des personnages est toute en nuances et finesse. On ne comprend pas tout, on « ressent » beaucoup, signe d’un style très abouti. Et pourtant, il y a des longueurs. Aux deux-tiers du livre, le lecteur s’essouffle, ne sait plus très bien ou ça va. On finit par se lasser. Tout en reconnaissant le talent de Franzen (National book award en 2001 pour Les corrections), je suis un peu déçue.

La femme du tigre de Téa Obreht

Le livre de cette américano-serbe figure dans les cinq meilleurs romans américains de l’année 2011 selon le prestigieux New York Times. Une fois encore, j’estime que les critiques outre-Atlantique se sont emballés. Ce roman mériterait d’être resserré, sa construction est un tantinet bancale. A trop vouloir entremêler les histoires et les époques, le récit perd en intensité et le lecteur peine à suivre.
Mais, et le « mais » est d’importance, Téa Obreht a un indéniable talent de conteuse. Elle nous transporte dans les forêts balkaniques hantées par un tigre. Dans ce village perdu dans les montagnes, la peur, les légendes et la rumeur s’engouffrent dans les ruelles aussi vite que le glacial vent d’hiver.
La découverte est intéressante, j’attends avec impatience le prochain opus de Téa Obreht.

La vie très privée de Mr Smith de Jonathan Coe

Toujours mordant, l’écrivain britannique signe un roman plus contemporain que ces précédents livres. La vie très privée de Mr Smith relate la solitude de l’homme moderne.
Mr Smith est aussi insignifiant et quelconque que son nom l’indique. C’est un looser première catégorie. Mr Smith vient de divorcer, son ex-femme et sa fille ont déménagé loin de lui, au nord de l’Angleterre. Son père, un poète raté auquel il n’a jamais rien compris, vit en Australie. Plongé dans la dépression, il hésite à reprendre son travail au service après-vente d’un magasin de jouets lorsqu’un ancien collègue lui propose une courte mission de commercial à travers le pays. Great! Un nouveau départ! Au volant de sa voiture, il traverse l’Angleterre. Comme d’habitude, tout par en vrille. Malgré sa bonne volonté, Mr Smith a l’art de passer à côté de tout: de son présent, de son passé et bien sûr de son avenir.
Jonathan Coe nous fait toujours rire. Smith se sent si seul qu’il finit par parler à son GPS. Ce tête à tête, symbole d‘une « techno-solitude » contemporaine, est tordant. Qui n’a jamais parlé à son GPS, ne serait-ce que pour lui dire « Ta g… », lève le doigt!
La vie… mérite donc un peu d’attention même si ce livre n’atteint pas le niveau des précédents de Jonathan Coe tels que La pluie avant qu’elle tombe ou Testament à l’anglaise que je vous recommande vivement.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s