Des « Ballets roses » à la suite 2806

« Ballets roses » de Benoit Duteurtre prenait la poussière sur mes étagères depuis quelques temps déjà. Il a réapparu lors de ma dernière mission « bon, qu’est-ce qu’il y a à lire dans cette bibliothèque? ». Après des mois d’affaire DSK, son intérêt m’a brutalement sauté aux yeux.

Derrière ce gracieux titre se cache une scabreuse histoire de moeurs.
En 1958, le président de l’Assemblée nationale, le socialiste André Le Troquer est accusé d’avoir organisé des partouzes -« des parties fines » en vocabulaire sixties- avec des mineures, pour la plupart danseuses ou comédiennes. Le scandale aura raison de la carrière d’André Le Troquer. Inventée par un journaliste, l’expression « Ballets roses » restera dans notre vocabulaire.

Benoit Duteurtre refait l’enquête avec minutie et placidité. L’écrivain a plongé dans les archives de l’époque pour raconter ce qui n’est pas qu’un fait-divers mais l’ascension et la déchéance express d’un homme politique influent. Conclusion : les années passent, les scandales aussi et rien ne change.
L’appétit sexuel d’André le Toquer était connu du microcosme, comme pour DSK.
L’opinion publique s’est passionnée, la presse s’est emballée, comme pour DSK.
La théorie de complot a eu ses partisans, comme pour DSK.

Le livre est paru en 2009. Benoit Duteurtre rapproche donc plutôt les « Ballets roses » de l’affaire d’Outreau et de l’affaire Baudis. Il scrute l’appétance populaire pour le fait divers graveleux, ce plaisir satisfait de la foule à constater la déchéance et le perversion des hommes de pouvoir. S’il est une chose immuable d’une époque à l’autre, c’est bien cela. Seule différence, l’attitude plus ou moins nuancée de la justice que Duteurtre analyse avec finesse.

« Ballets roses » raconte aussi les derniers mois de la IV République. La déchéance de Le Troquer coincide avec les derniers soubresauts de ce système parlementaire qui se meurt d’instabilité. Benoit Duteurtre, qui est aussi le petit-fils du président Réné Coty, ressucite cette époque avec un plaisir non dissimulé en concédant une certaine fascination pour ce temps disparu. Cette once de nostalgie est bien dosée. Duteurtre réussit à éviter le « c’était mieux avant ». Ne reste dans l’air que l’élégant parfum suranné
de cette escapade judicaire dans les années 50 et l’impression que sexe et pouvoir ne font toujours pas bon ménage.

* « Ballets roses » de Benoit Duteurtre, collection « Ceci n’est pas un fait divers », Grasset, 2009.

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