Des nouvelles d’Edgar

Edgar, c’est Edgar Keret, l’israélien dont je vous ai déjà parlé dans « Mes repérages de rentrée ». L’écrivain était au Théâtre de l’Odéon à Paris lundi soir.

Sur scène, le journaliste littéraire qui l’interroge a bien préparé ses questions. Mais, ce n’était pas la peine. Edgar Keret est pire qu’un homme politique, vous appuyez sur « play » et il vous fait une réponse de dix minutes. On ne sait pas, en l’écoutant, s’il ne va pas nous dire à la fin que rien n’est vrai, que tout n’est qu’invention. Ils enchainent les anecdotes sur les déboires des hommes de sa famille au service militaire. La salle rit de bon cœur.

Il est rare qu’un auteur parle si bien, si facilement de ses livres, de son travail, de ses sources d’inspiration. L’écouter est un pur moment de bonheur. Edgar Keret pratique l‘écriture-plaisir, la littérature-joyeuse. Pas une once de souffrance, nulle trace d’effort, il a vraiment l’air d’écrire comme il respire. Au pays de Keret, la spontanéité est reine. La fausse modestie lui est aussi étrangère. Pendant que le comédien Mathieu Amalric lit des extraits de son dernier recueil, l’écrivain a un exemplaire de son livre à la main pour suivre le texte en hébreu, et il se marre, seul face au public en relisant et écoutant ses écrits!!

Cette décontraction est perceptible dans ses textes, dont il ne faut pourtant pas négliger la dimension politique. Le comédien Mathieu Amalric a lu « Au pays des mensonges », la nouvelle géniale qui donne son titre au dernier recueil de l’écrivain israélien.
Elle réunit tous les thèmes chers à Keret: l’enfance; le rêve; le mélange entre l’inconscient et la réalité; l’humour noir alliant par miracle cynisme et fraîcheur. Ces nouvelles me grisent et me donnent la pêche. Le fil de l’histoire se déroule, accélère, rebondit, prend un virage trop serré, trop vite, on perd le fil, il ressort dans la ligne droite, point final, silence. Ouf on est sur nos deux pieds…une fois sur deux morts de rire. Pause. Respiration. On replonge dans la nouvelle suivante. Comme le dit très justement Mathieu Amalric, la littérature de Keret, c’est « l’absurde plein de vie ».

Les organisateurs de cette rencontre ont eu la bonne idée d’entrecouper lectures et questions d’extraits de films réalisés ou scénarisés par « l’enfant terrible des lettres israéliennes » (faut pas exagérer quand même!). Bref, une belle soirée au Théâtre de l’Odéon! Je suis sous le charme et je vous recommande plus que jamais de lire Edgar Keret.

* A lire:
« Au pays des mensonges », Actes Sud, 2011.
« Crise d’asthme » et «Pipelines », en poche Babel/Actes Sud.

* A voir:
« Les méduses », très beau film d’Edgar Keret et Shira Geffen, Caméra d’or à Cannes en 2007. Ne cherchez pas à comprendre, laissez-vous porter par la poésie et l’émotion.

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Un commentaire sur « Des nouvelles d’Edgar »

  1. Merci Stéphanie pour ces conseils de lecture ! Entre ma meilleure amie libraire et toi, je vais pouvoir affronter cette année mes longs moments dans les transports !
    Bises
    Maud

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